Les dialogues

Les bonnes questions à se poser pour réussir un dialogue

A chaque dialogue, posez-vous les questions suivantes :

1) Pourquoi ai-je choisi un dialogue ? J’ai une vraie bonne raison ?

Est-ce que je ne pourrais pas faire mieux avec du texte ?

C’est juste parce que vous avez oublié de dire un truc important au lecteur ?
C’est pour éviter une description ?
C’est pour le plaisir d’entendre bavarder mes personnages ?

Si avez répondu oui une seule fois, alors méfiez-vous de votre dialogue.

2) C’est bien mon personnage qui parle… ou c’est moi ?

Si c’est vous, alors effacez moi tout ça et recommencez : ce n’est pas vous qui avez la parole, c’est votre personnage. Point. Vous ? Le lecteur s’en fiche, de vous. C’est malheureux mais c’est comme ça.

-Votre personnage est sans éducation ? Alors il parle mal, il fait des fautes de Français.
-Il a fait l’ENA ? Alors il parle un langage soutenu.
-Il est domestique ? Alors il parlera de façon plus ou moins servile à son maître.
-Il est noble ? Alors il parlera de façon méprisante à un roturier, et d’égal à égal avec un autre noble (dans un monde médiéval, bien sûr…).
-Il est cynique ? Alors il parlera souvent au second degré, il aimera les sous-entendus.
-Il est macho ? Alors il parlera aux femmes… en conséquence.
-Il est raciste ? Même idée.

Vous n’êtes pas macho, vous n’êtes pas raciste, vous ne faites pas de fautes de français ? Tant mieux pour vous, vous avez toute ma sympathie. Mais vous avez choisi un dialogue, non ? Alors vous n’êtes pas concerné.

3) Est-ce que mon personnage est un bout de papier ou un homme de chair ?

Entre nous, soyons sérieux : c’est effectivement un bout de papier. Seulement votre boulot, c’est que le lecteur, lui, oublie cette foutue feuille et qu’il accepte l’illusion du récit. Il doit avoir l’impression qu’il écoute une vraie personne de chair et de sang.

-Votre personnage est essoufflé ? Alors il ne fait pas de longues phrases.
-Il est loin de son interlocuteur ? Alors il crie quelques mots seulement, peut-être même qu’il n’entend pas la réponse.
-Il est plein comme une barrique ? Alors il bégaye comme un poivrot.
-Il est avec un vieux copain ou avec son supérieur hiérarchique ? Avec sa fille ou avec son père ? Avec le type qui lui a sauvé la vie ou avec l’ancien amant de sa femme ? Il est amoureux / en colère / ému / timide / jaloux / terrifié / blessé / frigorifié / traumatisé / ébloui / brûlé / surexcité / désabusé ? Alors faites-le parler en conséquence.

4) Est-ce que je viens d’écrire un dialogue de théâtre ou un dialogue de roman/nouvelle ?

Si c’est un dialogue de théâtre, alors changez de projet ou effacez tout. Le théâtre, c’est très bien, mais c’est autre chose.

Comment savoir si c’est un dialogue de théâtre ? Facile. Lisez une pièce de théâtre : on y voit des tirets, des dizaines de tirets les uns à la suite des autres, avec de temps en temps, une malheureuse didascalie.
Parce que le théâtre est joué par des acteurs ! Ils y mettent de la vie, de la flamme, des gestes, des rires… ils ont des costumes et un décor. Dans votre roman/nouvelle, rien de tout ça : il n’y a rien d’autre que ce que vous, vous y mettez.

Un dialogue, ce n’est pas statique, c’est une scène.
Une scène, ça doit être décrit, vivant, constamment clair dans la tête du lecteur, ça doit contenir des informations sur le paysage, les bruits, les odeurs, les trucs qui tombent/roulent/craquent/sifflent à côté des personnages, les gestes de ces personnages, les pensées qui les traversent, les associations d’idées qu’ils font, les souvenirs qui leur reviennent, les actions qu’ils entreprennent tout en parlant, etc.

N’oubliez pas cela : dans votre texte, il n’y a pas de dialogue, il n’y a que des scènes.

Qui parle, ne pas perdre son lecteur

Dans un dialogue long ou à plusieurs personnages, et à moins de truffer les répliques de « dit Tartampion » « répondit Bidul Z », il est facile de perdre son lecteur. Voilà quelques trucs pour s’y retrouver :

1) Emailler le dialogue de gestes et d’attitudes des personnages (celui qui vient d’agir est présumé être celui qui prend la parole + l’action permet de comprendre qui dit quoi)

Ex : Tartampion ouvrit la boîte de conserve et fit la grimace
« Encore des fayots. »
« Si ça ne te plaît pas, donne-moi ta ration. »
 » Aïe, je me suis coupé avec cette saleté de boîte »

2) Donner à un ou plusieurs personnages des handicaps de langage.

Ex : si c’est un étranger, un accent ou des fautes de français, un parler petit nègre ou je ne sais quoi
« Encore des fayots. »
« Si toi pas content, toi donner moi. Moi faim. »
(Impossible de confondre avec un autre personnage…)

3) Donner à certains personnages des expressions favorites, une manière de parler.

Des tics/expressions favorites :
ex : dans « la quête de l’oiseau du temps », la BD de Loisel/Le Tendre, dans certaines images, on ne voit pas qui parle, mais si on entend « Sang et fumée », c’est Bragon et si on entend « sang noir », c’est Bulrog.

Des niveaux de langage différents : du langage très populaire « j’sais pas » au très soutenu « je l’ignore », chaque personnage utilisant toujours le même « niveau » de langage.
Cependant, tout cela est à utiliser avec subtilité, en gardant une lecture claire et qui évite les caricatures.

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