L’art d’accepter la critique

1) La seule bonne raison d’accepter la critique

Je vais tâcher de vous donner mon point de vue sur l’ART D’ACCEPTER LA CRITIQUE, en 7 points. Aujourd’hui : la seule bonne raison d’accepter la critique.
Vous avez l’intention de progresser, dans votre texte et dans votre manière d’écrire ? Alors vous n’avez pas le choix : il va falloir affronter le regard d’un lecteur critique et en tirer le meilleur parti.

Pourquoi ?

En gros, je répondrais par « on voit la paille dans l’œil de son voisin, mais pas la poutre dans le sien », je pense que c’est assez clair.
Maintenant, si vous voulez garder vos textes pour vous parce que vous considérez que :

  • 1) c’est trop intime pour être partagé,
  • 2) vous avez la trouille du regard des autres,
  • 3) tout ce dont vous avez envie, ce sont des compliments…

Alors ce n’est pas la peine de lire la suite.
Mais si l’impérieuse urgence de progresser est plus forte en vous que tout ce fatras, jetez vous à l’eau et tant pis si elle est froide.

2) Comment choisir ses relecteurs ?

En général, les lecteurs qu’on a sous la main, spontanément, ce seront deux ou trois amis corvéables et quelques membres dévoués de notre famille.

Si vous avez de la chance, il peut s’en trouver un parmi ceux-là qui sera capable de réunir les deux conditions nécessaires pour faire un bon lecteur : pas peur de vous rentrer dans le gras et capable de faire le boulot correctement. Parce que lire, c’est facile, mais repérer les failles secrètes et traquer les centaines de micro-lourdeurs, ce n’est pas à la portée de tout le monde.

Et puis ces gens-là, vous les aimez, non ? Alors ce serait tellement dommage de se brouiller avec eux…

Or donc, si vous n’avez pas cette perle rare dans votre entourage, et même si vous l’avez d’ailleurs, il va falloir vous mettre en quête de lecteurs expérimentés. Et vous n’avez pas trente-six moyens d’en trouver : vous devez chercher soit des auteurs suffisamment aguerris, publiés ou non, soit des lecteurs qui ont appris l’art de la dissection de roman. Vous les trouverez dans les ateliers d’écriture, peut-être, dans le milieu de l’édition, si vous le connaissez, mais surtout sur Internet, et plus particulièrement sur les forums littéraires.

Repérez donc les gens qui vous semblent fiables, sérieux, pas trop méchants, proposez leur un échange de lecture et même s’il vous faudra peut-être un peu de temps, si vous êtes sérieux vous-mêmes, vous finirez probablement par vous trouver trois ou quatre « bêta lecteurs », ces lecteurs aguerris qui vous feront une lecture critique détaillée autant sur le fond que sur la forme.

Pourquoi trois ou quatre ? Parce que tout comme vous, ces lecteurs ont leurs faiblesses et leurs points forts, parce que parfois, ils tapent à côté de la plaque ou ils oublient un aspect important et parce que vous allez devoir croiser leurs commentaires.

3) Comment encaisser les remarques négatives ?

Il n’y a pas de remède connu, la critique négative fait toujours l’effet d’un coup de poing dans les gencives. Enfin, c’est l’effet que ça me fait à moi en tout cas.

Seulement, il faut apprendre à serrer les dents et à dire merci en plus, parce que le coup de poing, il vous aide à progresser, et, souvenez vous du 1) : progresser, c’est bien votre but.

Non ? Ce n’était pas vraiment votre but ? Ben alors, qu’est-ce que vous faites encore ici, je vous avais dit ne pas lire la suite ? Essayez plutôt la broderie !

NB après le commentaire de Dame Sco sur le 1) :  une fois qu’on a encaissé le coup de poing, on s’aperçoit qu’améliorer son style et en discuter avec un lecteur passionné qui connaît à fond votre texte, c’est aussi un grand bonheur. On attend ses mails avec une impatience d’ado à son premier rendez-vous amoureux, on lit ses avis comme l’augure d’un oracle, on a presque envie de le corrompre… Enfin en tout cas, il n’y a pas que de la souffrance : de l’excitation, de la joie, et souvent un(e) ami(e) de plus à la fin de la correction.

4) Que répondre à son bêta-lecteur ?

Que répondre à son bêta lecteur ?

1) D’abord merci. Je l’ai déjà dit, mais bêta-lire, c’est beaucoup de travail, alors n’oubliez pas le « merci » même si vous avez mal aux gencives.

Toute personne qui vous fait la MOINDRE remarque sincère est un ami.

2) Répondez toujours quelque chose. Personnellement, si je commence à bêta-lire un texte et que je n’ai aucune réponse, j’arrête tout de suite : je me demande ce qui se passe. Le bêta-lecteur qui travaille à l’aveuglette risque de donner des coups de bistouris là où il ne faudrait pas. Vous pouvez parler du travail que vous avez accompli d’après ses remarques, répondre à ses interrogations, lui poser des questions sur des passages qui vous posent problème… bref : répondez toujours. Le bêta-lecteur n’est pas un distributeur automatique : il a besoin de savoir à qui il a affaire. C’est dans l’échange qu’on fait les meilleures bêta.

3) Digérez-le. Faites une première petite réponse polie en forme d’accusé de réception et réfléchissez avant de répondre autre chose. Laissez passer un peu de temps, un jour ou une semaine selon votre caractère. Relisez votre texte et essayez de tenir compte de ses commentaires. Là, vous aurez sûrement des questions ou des commentaires à faire.

4) Encouragez-le, félicitez-le quand il a débusqué une faiblesse que vous allez pouvoir corriger. Il le mérite mille fois.

5) Trois attitudes à ne pas avoir

1) Chaque remarque négative vous blesse, vous démoralise et vous décourage.

Attitude à adopter : Répéter vingt fois devant sa glace « Je suis un auteur, c’est ma nature, je crois en moi. »

2) A chaque bêta-lecture, vous vous affolez et vous chamboulez tout votre texte façon girouette, en fonction du dernier qui a parlé.

Attitude à adopter : répéter vingt fois devant sa glace « C‘est mon texte, c’est moi le chef. »

3) Vous êtes persuadé d’avoir raison. Toutes les remarques qu’on vous fait vous glissent dessus comme la pluie sur un toit, vous haussez les épaules de mépris devant les commentaires que l’on vous fait.

Attitude à adopter : répéter vingt fois devant sa glace « Hitler aussi était certain d’avoir raison. »

6) Que faut-il corriger ?

Quelques petits problèmes que l’on peut rencontrer.

1) les lecteurs ne sont pas d’accord entre eux.

Réponse : croisez les commentaires, voyez ce qui ressort le plus souvent et le plus fort. Si vous avez un doute, fermez les yeux, inspirez un grand coup et zou ! Choisissez ce qui vous plaît le mieux, à vous… mais n’oubliez pas d’être honnête avec vous-même !

2) ils vous suggèrent de revoir tout le texte trop profondément.

Réponse : si cet avis est isolé, ignorez-le. Attendez les autres commentaires et s’ils sont convergents, c’est que vos bêta-lecteurs ont raison alors décidez-vous : revoir un texte en profondeur, c’est possible ; d’autres que vous l’ont fait et ne le regrettent pas.
Vous pouvez aussi le mettre dans un tiroir et en écrire un autre. C’est souvent une bonne solution.

3) votre bêta-lecteur veut constamment réécrire vos phrases.

Réponse : que le lecteur pointe des défauts ou repère des lourdeurs récurrentes, rien de plus normal, c’est son boulot. Mais vouloir changer le style d’un roman, c’est comme de vouloir planter des cocotiers au Pôle nord : ça ne marchera jamais.
Où se trouve la limite entre les deux ? C’est à vous de voir ; en général, vous le saurez. Si c’est bien le cas, alors dites-le lui ou ignorez ses remarques quand elles vont trop loin dans la réécriture.

4) il a pointé un vrai problème, mais vous n’arrivez pas à le corriger

Réponse : déplacer le changement à un autre endroit, une autre phrase, un autre chapitre, parfois, ça décoince le problème. Sinon, apprenez aussi à tailler dans le vif ou à écrire un nouveau passage et à l’insérer si c’est nécessaire. C’est difficile, mais on y arrive.

5) Vos bêta-lecteurs sont dithyrambiques. Ils ont des remarques à faire, mais ils adorent.

Hohoho, je vous ai bien eus, hein ? Ça, ce n’est pas un problème, c’est ce que l’auteur peut vivre de mieux dans sa vie d’auteur – mais le boulot n’est pas terminé pour autant.

7) Pour tirer le meilleur parti de la critique, un dernier truc

Passez donc de l’autre côté de la barrière : choisissez-vous un auteur sérieux et faites-vous bêta-lecteur vous-même. Vous verrez que critiquer n’est pas une chose facile, vous en apprendrez énormément sur l’art de l’accepter et vous progresserez sur vos propres textes.

Conclusion

Et maintenant que vous savez accepter le regard de l’autre, que vous avez appris à ajouter un chapitre, à en supprimer un autre, à tailler dans vos darlings, effacer vos virgules, vos adjectifs, vos adverbes, que vous pouvez réinventer une scène ou un personnage à partir d’une critique constructive, trouver le bidule qui coince et l’ôter délicatement sans faire tout s’écrouler… Que vous avez appris à faire des corrections spectaculaires qui décoiffent vos bêta lecteurs et les laissent sur le flanc. Que vous maîtrisez l’art de vous remettre en question tout en restant inflexible sur ce qui est vraiment important à vos yeux…  Alors vous êtes fin prêt pour l’édition.

Parce qu’à votre avis, que se passera-t-il si un éditeur accepte un jour de publier votre roman ?
Il va vous demander des corrections, pardi ! Alors autant y être préparé…

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