Comment rater votre roman en 10 leçons

Je ne serai pas le premier à tenter l’exercice, mais il y a quelques points ici qui me tiennent particulièrement à coeur.

  1. Lancez-vous dès que vous avez un début d’idée, ne réfléchissez à rien : jetez-vous à l’eau. Si Christophe Colomb était parti avec les cales vides, il serait sûrement arrivé plus vite.
  2. Ne vous relisez pas, malheureux ! Il y a des éditeurs pour ça. Vous allez vous abîmer les yeux et les lunettes, c’est moche.
  3. Ne lisez rien. Les autres auteurs vont perturber la pureté de votre génie. Tiens d’ailleurs, si vous trouvez des bouquins, entassez-les dans un coin de l’avenue et mettez-y le feu, il paraît que ça rend intelligent.
  4. Ne cherchez jamais à vous renseigner sur votre sujet, vous allez vous perdre dans les détails, contentez-vous de vagues clichés. C’est comme quand on part en randonnée, autant prendre une carte de France : vous êtes sûr que votre sentier sera quelque part dessus.
  5. Ne demandez jamais l’avis de personne sur votre texte, faites confiance à votre instinct. Votre roman est parfait en tout point. S’il y avait quelque chose à changer, ce serait plutôt ces abrutis de lecteurs.
  6. Inutile de persévérer si vous rencontrez la moindre difficulté. Si on vous refuse votre roman, c’est que l’éditeur est un crétin. Et si vous n’arrivez pas à le finir, alors c’est sûrement de la faute du roman.
  7. Méprisez vos semblables, ne cherchez pas de conseils, bannissez toute curiosité de votre quotidien. Pour votre esprit, adoptez la stratégie du bonzaï : le moins de terre possible et on coupe toutes les pousses avant qu’elles ne grandissent. C’est joli un bonzaï, non ?
  8. Tenez-vous éloigné des dictionnaires, Becherels et autres sites de grammaire : si tout le monde pouvait choisir ses propres règles, le Français serait quand même une langue vachement plus simple.
  9. Ne tentez pas de vous renouveler, ni de vous améliorer, ni de vous remettre en question : laissez ce genre de faiblesse aux gens dépourvus de génie. Changer d’avis ? Et puis quoi encore, il faudrait changer de chaussettes chaque semaine, aussi ? Peuh… Le talent, c’est comme les pieds, ça doit sentir le jus.
  10. Si vous êtes encore là au point 10, c’est que vous n’avez vraiment rien écouté.

Et maintenant, pour me faire pardonner toute cette agressivité, laissez-moi vous faire un câlin et vous dire que si vous n’êtes pas d’accord, je vous trouve formidable. Vous me remontez le moral.

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