Ce que je déteste dans vos textes

Ce que je déteste dans vos textes

Du haut de ma grande expérience… d’auteur débutant, je me propose de dire ici publiquement tout ce que je déteste dans vos textes d’auteurs débutants, vous tous bandes d’affreux, ouais, ça s’adresse à tout le monde.
Je précise que j’en ai lu pas mal au cours de ma vie. Assez, je pense, pour que leur compilation en papier suffise à alimenter une cheminée de fort tirage pendant tout un hiver de Picardie (et les hivers y sont longs et froids, c’est moi qui vous le dis).

Je précise aussi que j’ai fait partie du comité de lecture nouvelles de 5S.

Je ne vois peut-être pas la poutre dans mon œil, les copains, mais la paille dans celle du voisin, attention : je ne la loupe jamais !

LES DIALOGUES

I) Epargnez-nous les dialogues nunuches en pleine action

Conando entendit une lame siffler dans son dos, et, dans un réflexe désespéré, se jeta au sol et évita de justesse l’épée tranchante de l’homme serpent :
« Encore à m’attaquer par derrière ? Tu es vraiment incroyablement fourbe, Satanus »
Un second coup, porté avec une stupéfiante rapidité, entailla son pourpoint de cuir et c’est par miracle qu’il parvint à détourner le coup d’une parade réflexe.
« Hin hin, forcément, sinon je ne m’appellerais pas Satanus, ducouillon »
Nul n’avait jamais vaincu Satanus en combat singulier, et c’est avec une terreur grandissante que le guerrier humain se recula jusqu’au mur de pierre, détournant les attaques de son ennemi avec l’énergie du désespoir.
« Décidément, tu as une sale mine vieux frère, tu as encore bouffé trop de pizza, hier soir ? »

Pour votre gouverne, le lecteur ne s’est peut-être jamais battu à l’épée, mais ce n’est pas M. Ducouillon : il sait bien que ça doit être fatigant, qu’on doit se concentrer sur le combat, crever de trouille et économiser son souffle.

II) Arrêtez de coller à chaque réplique des verbes de dialogues

-déjà là ? s’étonna-t-il.
-ben comme tu vois, minauda-t-elle
-tu es en avance, précisa-t-il
-j’avais hâte de te voir, roucoula-t-elle
-t’es trop chou ! s’extasia-t-il
-pas autant que toi, rétorqua-t-elle
-oh si alors ! protesta-t-il
-ah non vraiment, confirma-t-elle

Les verbes de dialogue, un peu ça va, mais pas plus de deux à la suite par pitié, et faites les simples : « fit-il » « dit-il » à la limite « répondit-il ».

III) Economisez les points d’exclamation et d’interrogation, et les trois petits points

-Oh… Eh bien! tu es belle !
-Mmh… Merci !
-de rien !
-si ! ça me fait plaisir !
-Ah ?! vraiment ??!
-Mais oui ! Comme je te le dis !!!
-Waouh ???!!!!! Génial !!!!!!! Je suis veinard…

IV) Evitez les dialogues linéaires, où chaque réplique répond trop directement à la précédente

-tu étais chez Francis ?
-Oui, chez Francis.
-Dans sa cabane ?
-Oui, dans sa cabane.

Préférez plutôt :
-tu étais encore chez Francis ?
-Tu as une sale mine toi.
-Dans sa cabane ?
-Tu as passé toute la nuit à m’espionner, c’est ça ?

LES DESCRIPTIONS

I) Pas de descriptions uniquement physiques des personnages !

« il était grand et beau, il avait des yeux bleus, des joues bronzées, des cheveux blonds »
heurk. Les personnages ne sont pas en photos ! Ils bougent, ils sourient, ils font la gueule, et puis ils n’ont pas que des yeux, hein, ils ont des vêtements, des bijoux, ils ont des mains et des oreilles, et même des grains de beauté, parfois… et puis ils ne sont pas tous blonds, grands et aux yeux bleus nom de nom !

II) Que ce soit un personnages ou une scène, surtout, pas de descriptions pseudo poétiques de la part d’auteur qui ne sont pas plus poètes que moi, et qui enchaînent les clichés et les petits ridicules

a) Les clichés de « trucs beaux »
« la neige était un manteau blanc »
« Ses cheveux d’or cascadaient sur son dos »

b) Les trucs qui sont censés faire beau, mais qui font rigoler
« ses cheveux onctueux » (comme le dernier yaourt de chez Danone)

c) Les métaphores trop concrètes pour des idées abstraites
« son chagrin était un parpaing gris foncé coincé dans sa gorge »
« sa déception était une perceuse qui jouait à saute-mouton dans ses cotes »

III) La description d’un monde inventé : méfiance, laissez votre monde se faire découvrir au fur à mesure de l’action, ne nous en mettez pas plein les yeux !

a) Ma sainte horreur : les explications sur le monde inventé qui font « article d’encyclopédie »
« Il tira son épée, se retourna, et damn it ! se trouva face à face un Zagouzar géant !
Les Zagouzars géants sont de grands fauves ovipares que l’on trouve principalement au nord du fleuve Tini-Tana, de couleur mauve, ils possèdent un buste de cheval et les pattes avant d’un ours blanc. La femelle, plus grosse que le mâle, peut en période de nidation s’avérer extrêmement agressive, surtout si un intrus… »

b) Ne dites jamais que ce que vous décrivez est extraordinaire. C’est au lecteur de se faire une idée.
« la bataille navale dépassa l’entendement. Assister à ça, c’était ahurissant. Franchement, c’était stupéfiant, incroyable, carrément inimaginable ! »
Vous avez déjà vu une pub pour une voiture à la télé ? ça fait le même effet.

c) Ne tuez pas votre ambiance en mélangeant les genres :
« le monstre était gigantesque, il bavait comme un ogre et rugissait en s’approchant, ses bras noueux s’élevèrent au-dessus de la tête de la jeune fille, ils étaient prolongés par des pinces qu’il claquait l’une contre l’autre.
Un peu comme celles d’un homard, mais vert caca d’oie, et en 12,3 fois plus grosses environ, voyez. »

IV) Pas non plus de surcharge, quel que soit ce que vous décrivez

a) Méfiez-vous des excès d’adjectifs
« c’était une riche et belle épée en solide acier bleuté dont le grand pommeau brillant portait une énorme gemme superbe, sur la large garde dorée figurait le magnifique blason secret de la noble famille elfique… »

b) Vous avez le temps, ne faites pas des phrases qui veulent dire trop de choses à la fois :
« La peur des elfes était si grande de voir ces monstres venus de l’âge des Dieux quand la Terre était jeune et que la faille n’était pas encore ouverte avant que surgissent les titans de leurs abîmes secrets, c’est à dire juste après la genèse et encore après l’âge du chaos, qu’ils ouvrirent leurs grands yeux, qui voyaient la nuit et détectaient toutes les créatures mauvaises qu’ils voyaient automatiquement en rouge, et qu’ils décidèrent d’attaquer en formation en quinconce, en l’honneur du maître de guerre Wotal, qui était le premier chef elfe à avoir jamais… »

c) Variez vos tournures de phrases, variez vos sujets, variez vos verbes !
« Elle avait le tournis. Elle vit un petit enfant avec un jouet entre les mains. Elle avait mal à la tête. Elle se fit bousculer. Elle était en colère. Elle était encore malade, tout de même ! »

d) Les points d’exclamations, d’interrogation et les trois petits points : même topo que pour les dialogues.
Il était grand ! Son épée était belle ! Il monta sur son cheval, hop, comme on monte sur une chaise ! Et ses yeux, waouh, ils lançaient des éclairs ! Un vrai chevalier, oui !

De la simplicité !
Pas de mots compliqués juste parce qu’ils sont compliqués !
Soyez clairs, NA-TU-RELS !
Compris ??????? !!!!!!! ……

L’INTRIGUE

I) Ne laissez jamais un élément de l’intrigue oublié sur le bord du chemin !
Du genre, nos deux héros rencontrent une vieille sorcière dont ils se demandent si elle est ou non la princesse perdue royaume elfique, déguisée. Elle leur donne une super potion pour tuer le dragon, et à la fin, on ne sait toujours pas si la vieille était ou non la princesse.

II) Ne terminez jamais votre nouvelle par « c’était un rêve ! »
(sauf si les liens entre le rêve et la réalité sont tels que, en fait, ce n’était pas seulement un rêve)

III) Ne bâclez pas la fin parce que l’AT demande 10 000 ou 20 000 caractères.
Du genre pendant les 18 000 premiers, les humains montent une armée immense en alliant tous les royaumes des terres du milieu contre l’envahisseur orc, et à la fin, on nous dit :
« ce fut une gigantesque bataille, et les orcs furent vaincus. »
Plus vous aurez fait monter la pression, plus on attendra quelque chose d’extraordinaire ou de surprenant.

IV) Ne créez jamais de « coïncidence impossible »
Du genre : « aujourd’hui, mon fils, puisque je meure sur ce lit de souffrance, je vais te confier le secret qui me ronge depuis vingt ans : autrefois, j’ai défié Rug le Balrog et lui ai volé son rubis sacré.
Soudain la porte s’ouvrit à la volée sur une énorme créature rouge et fumante, et le père mourant s’écria : par tous les Dieux, justement, le v’là, Rug le Balrog ! »

V) Pour une nouvelle, ne faites pas deux intrigues sans rapport : ayez en tête votre idée principale et laissez-la devenir la star, à laquelle tout le reste est relié.
Si deux amis décident de chasser un monstre d’une grotte sacrée, et qu’ils rencontrent en chemin une énorme chauve souris géante qu’ils trucident en trois pages, alors ne me dites pas qu’après cela, ils vont trouver le monstre et oublier la chauve-souris. Quoi ? Elle n’avait finalement aucun rapport avec le schmilblick ?

Alors quoi ?
Vous trouvez ça caricatural ? Vous, ouarf ouarf, jamais vous ne feriez cela ?
Ouais, eh bien, relisez soigneusement vos textes, Padawans. Ce n’est pas toujours aussi caricatural en effet, parfois, c’est insidieux, mais le texte en pâtit quand même.
Et si, on y trouve TOUT ça, croyez-moi.
Vous n’êtes pas d’accord ? Vous voulez laissez une note rageuse ? N’hésitez pas ! La vérité ne sort jamais de la bouche d’un seul…

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