Ce que j’aime dans vos textes

Après « ce que je déteste dans vos textes », je me lance dans l’exercice inverse : « ce que j‘aime dans vos textes », ce qui est sacrément plus coton, vous en conviendrez, eh eh, c’est toujours plus facile de critiquer que de se coller à la barre.
Ce sera moins précis, ce sera plus souvent sous forme de métaphores obscures, mais j’ai fait ce que j’ai pu.

Attention, c’est sans doute encore plus personnel que l’autre article : c’est juste ce que j’aime, moi, Beorn, 31 ans et trois dents de sagesse.

Si certains peuvent y trouver des pistes pour s’améliorer, tant mieux. Pour les autres, contredisez-moi, complétez, surenchérissez, ne soyez pas timide.

Ce que j’aime, donc :
J’aime des dialogues riches.

1) Quand les personnages parlent, l’auteur n’a même pas besoin de mettre « fit Saint George » à la fin, parce que c’est évident que c’est Saint George qui parle.
Pourquoi ?
Parce que Saint-George parle comme ça, voyez : « Montez en croupe, belle damoiselle. »
Et quand Bécassine lui répond, on sait que c’est Bécassine, parce que quand elle parle, c’est pour dire : « Jamais de la vie, goujat ! ça vous fait des galanteries par devant et ça vous trousse les filles au coin d’un bois ! »
Franchement, a-t-on besoin d’ajouter « répondit-elle » ?

Désolé, j’improvise, ce n’est pas peut-être pas génial, mais c’est l’idée.

2) quand ils parlent, les gens, eh bien on s’amuse, on tend l’oreille.
Les dialogues, c’est vivant : les personnages s’énervent, ils s’émeuvent, ils se tombent dans les bras ou se mettent une main aux fesses, ou une gifle sur la joue. Ils se répondent à côté de la plaque, ils ne s’intéressent pas aux mêmes choses. Il y en a un qui veut parler, l’autre qui rêvasse, un qui a une question brûlante, l’autre qui tourne autour du pot. Il y en un a qui a de l’amour pour l’autre, ou qui le méprise, ou qui le prend pour ce qu’il n’est pas.

Bref un dialogue, ce n’est pas juste un tiret et le narrateur qui rentre de force dans le corps de son personnage, qui lui écarte les mâchoires et qui parle par sa voix. Ça, ça s’appelle un viol de personnage. Ouh, ce n’est pas joli à voir, croyez-moi.
J’aime reconnaître une idée ou un thème universel, qui me fait réfléchir.

Mais non, ce n’est pas si difficile : voyez comme le thème de la dépendance (alcool, drogue, tabac, jeu ou toute autre forme de dépendance) est contenu dans le seigneur des anneaux ?
Eh bien, ce genre de chose, ça me plaît.
Ça peut être intime ou ça peut être des thèmes de société comme le racisme, l’exploitation, l’écologie, ça peut être la fraternité, l’amitié, la jalousie… enfin, quelque chose d’universel, caché derrière une magie ou une intrigue un peu originale.
Tiens : « Luke, je suis ton père ! ». C’est le thème du lien filial : nous, moi, vous, votre voisin, sommes-nous des êtres indépendants ou juste le produit de nos parents, destinés à les imiter ?
Et : « Laisse toi envahir par le côté obscur de la force ! ». Je ne dis pas que ce soit renversant, comme trouvaille, mais c’est universel : maîtrisez votre colère, soyez forts sans être mauvais.
Ça ne paye pas de mine, mais ça touche quand même tout le monde. Qui n’a jamais shooté rageusement dans un caillou à la première contrariété ? mmh ?

Ne croyez pas que seuls les écrivains confirmés y parviennent : certains textes de débutants
sont très bons de ce côté là.
J’aime un niveau de langage cohérent.

Ça peut être soutenu ou familier, ça peut-être complètement délirant, ça peut être mâtiné de vieux François, ou de patois local… m’en fiche : le tout, c’est que ça reste le même pendant tout le récit.
Si ça change, il faut que ce soit pour une bonne raison (un autre narrateur par exemple).

Je n’ai rien contre un langage soutenu et des mots compliqués (j’adore par exemple « Le dernier des Gris », dans le Dernier Solstice, comment ça, c’est moi qui l’ait écrit?). Le problème, c’est que trop souvent, entre deux mots compliqués, on trouve une tournure familière. Et là, ces pauvres mots compliqués ont l’air soudain ridicules.
J’aime une histoire prenante, logique, surprenante et émouvante.

Mais oui, tout ça.
Comment faire ? euh, bonne question.

Quelques points d’interrogations pour savoir si vous êtes sur la bonne voie :
— pouvez-vous visualiser votre personnage ? là, devant vous ? Fermez les yeux. Tendez la main et touchez le, flairez-le du bout du nez, tendez l’oreille, faites le tour et parlez-lui, est-ce qu’il vous répond ? est-ce qu’il est tout gris et plat derrière comme une photo découpée ?
— est-ce que la fin est logique ? Voyez ce que fait une pierre quand vous la jetez devant vous : elle monte, elle suit une trajectoire, puis elle retombe. Est-ce que votre fin est bien au bout de votre trajectoire ? Est-ce qu’elle n’est pas décalée de trois bons mètres ?
— est-ce qu’il y a une idée forte dans votre récit, qui dépasse de toutes les autres et qui est présente du début à la fin ? est-ce que vous pouvez dire, à n’importe quel moment du récit : là, le fil rouge passe par ici. Il est peut-être au second plan parfois (dans un roman, pas dans une nouvelle) mais quand il va revenir en force, on se dira : tiens, oui, il était là tout du long, et le revoilà qui nous fait coucou.
Ex :
dans le Trône de fer : la famille.
Dans Pern : la lutte contre les fils
Dans Autant en emporte le vent : l’amour entre Scarlett et Reth Butler
Etc.

Bon, c’est peut-être un peu obscur tout ça, désolé.
J’aime les descriptions « sans grumeau »

Moi, ce que j’aime, c’est que ça vienne tout seul.
Qu’on ne me dise pas : viens, lecteur, en me tirant par la manche et en me montrant une direction du doigt. Regarde par là, abruti !
Il y a mille techniques pour décrire : externe, interne, allégorique, liée au personnage ou pas, et même dialoguée pourquoi pas, du genre
« Tu as vu le balafré avec une tête de tueur ? »
« le grand avec un capuchon et une sorte d’anneau idiot dans le nez ? »
« Il a tourné la tête à notre passage ».
Voyez tout ce qu’on a décrit en trois répliques.

La bonne technique, elle n’existe pas : elles sont toutes bonnes et elles sont toutes mauvaises. J’aime quand c’est varié.

Le tout, c’est que la description ne fasse pas comme un gros grumeau de farine dans un gâteau au chocolat : elle est mélangée, voyez, on ne la sent pas, elle donne du corps sans être fadasse. Elle ne doit jamais laisser voir que votre gâteau, c’est juste trois ou quatre trucs immangeables séparément (en général beurre, sucre, farine, œuf que l’on peut comparer à dialogues, action, descriptions, personnages), que vous avez juste touillés ensemble avec une spatule.

La psychologie : j’aime bien voir que l’auteur a appris, au cours de sa vie, que les humains sont des petites choses très très compliquées.

Je veux sentir qu’il en connaît long sur nous-mêmes. Qu’il nous parle bien de nous, qu’il nous respecte dans toute notre complexité, notre folie. Qu’il n’essaye pas de nous faire croire qu’un personnage, c’est un bout de chiffon qu’il peut agiter sous nos yeux et utiliser comme un pion. En croyant qu’on va gober ses singeries.

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