6 bonnes raisons de ne pas écrire un roman

Vous voulez écrire un roman ?
Vous êtes sûr ?
Laissez moi essayer de vous décourager en 6 points.
Si je n’y arrive pas, alors allez-y, lancez-vous, après tout, je l’ai fait moi aussi et je n’en suis pas mort.

1) Vous écrivez pour gagner de l’argent ? Jouez plutôt au loto

Vous avez en tête des comptes en banques célèbres comme Amélie Nothomb, Marc Lévy, Bernard Werber, ou même Stefen King, et pourquoi pas… J.K. Rowling !
Alors il est grand temps pour moi de vous inviter à un calcul simple.

a) Vivre de sa plume : combien de chances ?

Je vais sortir de mon chapeau quelques chiffres que vous contesterez si vous en avez le temps :
10 millions de Français environ écrivent, mettons grosso modo que 5 millions ont déjà écrit au moins 1 roman.
2000 auteurs à peu près vivraient aujourd’hui de leur plume en France en 2007 (il paraît que ce sont les chiffres de la sécu).
En ôtant tous ceux qui écrivent des recettes de cuisines, des livres d’art, des guides touristiques et autres honorables œuvres non romanesques, ce serait bien le bout du monde si on avait 1000 auteurs de romans dans le lot.

Je prends ma calculette, hop, hop :

1000 / 5 000 000 = 2 X (10)puissance-4
Voilà ce que les mathématiques répondent à vos rêves de fortunes.
Prenez un tas de 10 000 graviers. Fermez les yeux, plongez la main. Il y en a deux de gagnants là-dedans.

b) Gagner au lot, combien de chances ?

Pour un tirage ordinaire du loto, il y a 4 millions de joueurs réguliers, et 60 personnes auraient gagné plus de 1 million d’euros en 2007.

Mettons que vous jouez régulièrement au loto pendant 15 ans, voici vos chances :

900 / 4 000 000 = 2,25 X (10)puissance-4
Même tas de graviers, mais cette fois 2,25 gagnants. C’est peu, mais c’est plus.

Conclusions navrantes

Comme vous le voyez, vous avez moins de chances de vivre de votre plume que de gagner 1 million au loto.
Ah, mais attendez ! Mea culpa, j’ai oublié un détail : « vivre de sa plume », ici, est compris par la sécu comme gagner « 7335 euros de droits d’auteur par an », c’est à dire 611 euros par mois…
Pour ce qui est de gagner de l’argent, je vous conseille donc vivement le loto.
D’ailleurs, à mon avis, le loto coûte moins cher (pas besoin d’ordinateur, d’imprimante, de reprographie, de timbres, de milliers d’heures perdues etc.)

Bon. Oui. Je sais ce que vous allez me répondre.
Le loto, c’est le règne du hasard, alors que votre roman, ce sera un best-seller parce que c’est le meilleur du monde. Certes. Je n’en disconviens pas. Je ne vous connais pas et vous avez peut-être bien raison après tout. On a déjà vu des auteurs partis de rien et qui ont fait fortune. Vous qui avez l’intention d’envoyer votre manuscrit par la poste à des inconnus, je vous invite toutefois à vous renseigner sur la plupart des auteurs les plus vendus : leur vie, leurs diplômes, leurs relations, leur famille, ce genre de choses… Vous y verrez des choses surprenantes et fort chagrinantes.

2) Vous voulez devenir célèbre ? Vous faites fausse route

Eh bien, euh… comment dire. Reportez vous à « 1) vous écrivez pour gagner de l’argent ? Jouez plutôt au loto ».
Vous y verrez qu’à part un tout petit nombre d’auteurs surmédiatisés, l’écrasante majorité ne vend que quelques milliers, voire quelques centaines d’exemplaires de leurs romans.

C’est une première forme de célébrité, me direz-vous, eh oui, sans doute ; une forme modeste.
Après tout, si c’est cette forme là que vous visez, alors vous avez votre chance, minime certes (il faut déjà se faire publier) mais possible.

3) Vous avez un message à faire passer ?

Très bien. Je vous félicite. La plupart des gens n’ont pas grand-chose à dire.
Toutefois, apprenez à vous méfier de vos emportements : un roman est très, très vite gâché par un enthousiasme naïf qui tord votre intrigue dans le sens de vos convictions et fait de vos personnages de simples rouages pour votre démonstration. Et finalement, votre roman devient un prétexte à déclamer des idées que vous auriez plus vite fait de gueuler à la prochaine manif, ou, si vous avez une voix trop fluette pour cela, sur les forums de discussion qui pullulent sur Internet.

Un roman est une œuvre de fiction, c’est au mieux une forme d’art, au pire une forme de divertissement. Vous pouvez espérer laisser transparaître votre vision du monde à travers un roman, mais jamais, JAMAIS démontrer quoi que ce soit. Les lecteurs de roman ont horreur des démonstrations, ils veulent –et on les comprend– lire des romans. Logique, puisque ce sont des lecteurs de roman.

4) Vous voulez épater vos amis, votre famille, Fanny-la-blonde ou Max-aux-yeux-bleus ?

Malheureux !
Ecrire, c’est rester des heures tout seul devant son ordinateur. C’est expliquer à vos amis, à votre famille, à votre flirt du moment que non, vous ne pouvez pas les voir, vous n’avez pas le temps : vous êtes trop occupé à écrire un roman.

Et ensuite, leur avouer au bout de six mois que :

a) Vous ne l’avez jamais fini
b) Vous n’avez jamais osé l’envoyer à un éditeur
c) Il a été refusé de partout
d) Vous croyez encore au d) ? Bon, admettons… Vous réussissez donc à publier votre premier roman, petit veinard, vous êtes meilleur que 99,9% de la population des auteurs amateurs. Alors allons-y :
d) Vous allez devoir avouer que votre roman a été publié par « Les Editions GNOUIC-BUBUC », que personne ne connaît (parce que 99 fois sur 100, ce sont les petites maisons qui publient les premiers romans), que non, il n’est pas en tête de gondole à la FNAC, que non, vous n’avez pas été invité à passer à la télé. Que eh oui, maintenant vous allez être absent un moment, parce que vous partez faire votre promotion au salon du livre de Plouchouc-les-dindons signer des autographes pendant deux jours.

Moi qui vous parle, j’ai quand même réussi à trouver une femme. Elle se fiche complètement que je sois auteur, et c’est même souvent un sujet de grmbleblage entre nous, vu que je passe trop de temps devant mon écran à son goût. C’est tout ce qu’elle en pense, voyez-vous.
Quand à ma famille, je ne lui en parle guère, parce que TANT QU’ON N’EST PAS PUBLIE, POUR LA PLUPART DES GENS, ON EST JUSTE UN AUTEUR RATE.
Et un auteur raté, ce n’est vraiment pas sexy.

5) Vous croyez que c’est facile, qu’il suffit de savoir lire et écrire ?

Détrompez-vous.
Ecrire demande énormément de travail. Des années de travail, puis des années de patience avant de trouver un éditeur, si on en trouve un.
Vous mettrez probablement plusieurs années avant de simplement finir votre premier roman, et il sera certainement très mauvais. Puisque c’est le premier.
Vous allez le lire et le relire et le corriger pendant des mois.
Vous allez devoir supporter les commentaires et critiques de vos bêta-lecteurs. Soyez humbles, ils ont souvent raison.
Puis attendre des mois encore les réponses des éditeurs.
Si par une chance inouïe, vous en trouvez un, vous allez devoir négocier avec lui des corrections qui vous paraîtront trahir votre œuvre et la charcuter comme un rôti de bœuf.

Vous avez lu de fort mauvais romans et vous vous dites que vous pouvez faire mieux ?
Hum. Je ne suis pas surpris.
On publie toutes sortes de nullités. Des auteurs reconnus qui écrivent au kilomètre pour remplir leurs contrats, des gens qu’on publie pour leur nom et pas pour leur talent, des gens qui sont dans le petit milieu de l’édition comme des poissons dans l’eau, des gens qui ont eu de la chance, ou tout simplement des gens qui n’ont pas les mêmes goûts que vous …

Vous êtes un auteur reconnu ? Vous avez le monde de l’édition dans votre poche ? Vous avez un nom célèbre ?
Mon petit doigt me dit que la réponse est non. Alors ne soyez pas surpris que vous, vous n’ayez droit à aucune indulgence des éditeurs.

6) Vous avez lu les points 1 à 5 et vous voulez toujours écrire un roman ???

Je le savais ! Dans mes bras, ô mon frère/ma sœur !

Félicitations, vous avez pleinement conscience que cette immense orgie de temps gâché devant votre clavier, ce n’est pas du temps gâché, parce que vous vous amusez bien, parce que c’est en vous et que ça correspond à votre caractère. Après tout, d’autres jouent au tennis, non ? Ou font du jogging ? Ils n’espèrent pas pour autant gagner une médaille d’or aux JO.

Allez, soyez honnête, vous espérez quand même secrètement être un jour publié et célèbre… (moi aussi, je suis dans ce cas). Mais au fond, vous avez admis que ça n’arrivera probablement jamais. Si vous êtes persévérant, si vous savez vous remettre en question, si vous avez du talent, vous allez progresser, lentement certes, mais vous allez progresser. Et c’est déjà une satisfaction, n’est-ce pas ?

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